Courts des îles festival on Film Festival Life

Ce qu’en pense le jury : Anne Holmes

Anne Holmes, Presidente of the jury of the second edition of the Courts des îles Festival

Anne Holmes, directrice de la fiction de France 3. Présidente du jury

ANNE HOLMES Je suis Anne Holmes, je suis directrice de la fiction de France 3, je fais 60 téléfilms par an que je dirige et que je mets à l’antenne ; j’ai un budget de 130 millions d’euros et je m’occupe aussi des feuilletons de journée comme « Plus belle la vie » qui est quand même très connu.

COURTS DES ILES : Qu’avez-vous pensé du niveau général des films en compétition ?

ANNE HOLMES J’ai été très surprise par la sélection parce que je ne m’attendais pas à voir autant de diversité, autant de talent, autant de création, autant d’originalité et autant de difficulté à choisir parce que chaque film donne quelque chose de formidable et qu’il est vrai que l’on dit que tout choix est un renoncement donc il a fallu renoncer à beaucoup de films pour justement en nominer quelques-uns.

COURTS DES ILES : Que pensez-vous du festival Courts des îles ?

ANNE HOLMES En fait, je n’avais pas connaissance de ce festival et j’ai pensé que c’était très intéressant pour la Polynésie car nous en Métropole, on ne sait pas ce qui s’y passe, on ne sait pas qu’il y a des talents, on ne connait pas les paysages, on ne connait pas la culture, la culture locale et c’est important qu’il y ait des échanges entre nous ce que l’on fait et ce que font les Polynésiens… Il y avait deux courts-métrages en compétition dont un, comme vous le savez, a eu les encouragements. On est un peu frustré quand on vient ici parce qu’on se dit : « mais pourquoi il n’y a pas plus ? ». Pourquoi il n’y a pas plus parce qu’il y a de beaux décors, parce qu’il y a des gens bien… Et on se dit que c’est quand même dommage qu’il n’y ait pas de passerelles parce qu’on a quand même une grande frustration par rapport à la création ici, parce qu’on se dit qu’il y a moyen.

COURTS DES ILES : Pouvez-vous nous parler du Grand Prix Courts des îles ?

ANNE HOLMES Alors le grand prix… D’abord il est Grand Prix à l’unanimité et il nous a séduits pour plusieurs raisons. En fait tous les films nous ont séduits pour au moins une raison et l’on a pris ceux qui nous ont séduits pour plusieurs raisons parce que tous ont quelque chose. Celui-là, il est caustique, il est transgressif, il parle de quelque chose qui est- très important qui est la crise : jusqu’où on peut aller pour nourrir nos enfants, jusqu’où on peut faire des choses et en même temps il est sur un ton un peu ludique, un peu léger et il n’est pas plombant comme lorsqu’on parle d’une crise de manière générale comme d’habitude. Donc il nous a séduit là-dessus, je vais vous le pitcher en deux minutes : c’est quelqu’un qui pour trouver du boulot, attend que les cadres dans les entreprises meurent et va aux enterrements et dit « voilà, excusez-moi ; j’étais copain du mort, etc. Et parle à l’employeur pour essayer de trouver le boulot du mort. » Donc il y a un postulat de départ qui est très fort, très original, qui pour moi, est rarement vu et après il y a beaucoup d’humour… Pourquoi on regarde une fiction, pourquoi on regarde un court-métrage ? Dans celui-ci, ça fait les cinq paramètres que l’on connait tous, c’est-à-dire que l’on est ému, on sourit, on a peur, on est tendu et on apprend quelque chose.

COURTS DES ILES : Pouvez-vous nous parler du Prix du scénario Courts des îles ?

ANNE HOLMES Celui-là, à l’inverse de l’autre, était dans une sorte de poésie et de message universel. Il avait un scénario qui nous expliquait comment on quitte l’enfance, comment on arrive à se débarrasser des faux copains que l’on a, comment on arrive à un moment à se dire « je suis un grand, je vais avoir treize ans, donc maintenant je ne peux plus faire ça. » Pour moi, ça a été l’équivalent de « je ne peux plus dormir avec mon doudou, je ne peux plus sucer mon pouce… » Donc là, on a à faire à un film où il y a un enfant qui vit dans sa tête dans un schéma un peu onirique, un peu fantastique avec un cow-boy et à la fin de la journée, il va avoir treize ans le lendemain, il lui dit « écoute cow-boy, je ne peux plus vivre avec toi. » C’est en même temps le renoncement et en même temps la naissance d’une nouvelle vie. Ça nous a semblé un schéma très intéressant car c’est une sorte de parabole dans laquelle on ne s’ennuie pas et l’on se dit « jusqu’où ils vont aller ? » et il y a un switch final qui fait que ça nous a fait un très beau court-métrage et sincèrement je ne regrette pas le prix du scénario car je trouve le scénario formidable.

COURTS DES ILES : Pouvez-vous nous parler des coups de cœur du jury Courts des îles ?

ANNE HOLMES Deux petits coup de cœur, totalement différents. Un, complétement dans l’émotion : j’accompagne ma sœur à une fête, je retrouve quelqu’un, un ami d’enfance que j’ai aimé, je n’arrive pas à juguler mon émotion, je suis encore adolescent, je ne sais pas où je vais, je ne sais pas ce que je fais, mais là, dans la mise en scène, tout se passe dans le regard, tout se passe dans l’intention, etc. C’est très joli et très pudique, tout en parlant d’homosexualité, ce qui n’est pas rien non plus dans un court-métrage, mais avec une sorte de pudeur et de délicatesse ce qui fait que l’on n’en fait pas l’apologie de l’homosexualité ou la condamnation de l’homosexualité. On en fait : il y a des histoires d’amour, elles peuvent être très jolies, elles peuvent être dans le renoncement, elles peuvent être dans l’adversité, et elles peuvent être dans le bonheur… Voilà, c’était un joli coup de cœur, franchement on a trouvé que toute l’émotion passait. Et l’autre est beaucoup plus léger, il dit des choses sur la condition féminine, sur les hommes qui sont partis sur la lune, il parle de pleins de chose… En fait ce coup de cœur, pour moi, c’est plus le sous-texte qui m’a plu que le texte.

COURTS DES ILES : Pouvez-vous nous parler du prix « First movie » Courts des îles ?

ANNE HOLMES C’était compliqué car onze films… Onze films qui ont des qualités, beaucoup de qualités. En même temps, un s’imposait car c’était un exercice qui était réussi. Et en fait dans un premier film, qu’est-ce que l’on va chercher à savoir ? Comment on peut maitriser un sujet, et en fait c’est l’intérêt. Là, on a à faire à un jeune homme qui ne veut pas faire ses devoirs, qui est en face d’une table, on est sans parole, on est comme ça, on attend, et on vit son monde. On a trouvé que c’était un sujet de proximité parce que de toute façon ça concerne tout le monde et on a trouvé aussi qu’il y avait une sorte de…. C’est quand même très dur de tenir en haleine des gens dans un jury même, tout seul à une table pendant longtemps. Donc l’exercice est maitrisé et le scénario est assez drôle.

COURTS DES ILES : Que conseilleriez-vous aux réalisateurs qui présenteront un film à la prochaine édition ?

ANNE HOLMES Je pense qu’il faut continuer, je pense qu’il y a quelque chose dont on aura toujours besoin, c’est le talent. Quoi qu’il arrive, les périodes de crise, les périodes difficiles, etc. Et donc si l’on a envie, si l’on a la petite flamme qui s’allume au fond de nous, il faut continuer, continuer, persévérer et essayer de trouver et je pense qu’il y a moyen d’en faire.